Chers dirigeants, chers tous,
Le temps 3 du Covid-19 est ouvert, et 3 c’est un bon chiffre.
Après le temps 1 de la gestion des urgences qui s’imposent au fur et à mesure que les nouvelles et les inconnus tombent,
Après le temps 2 de la protection du personnel, des activités, de la trésorerie,…, ce temps où nos pieds sont dans les sables mouvants et notre regard sur un horizon totalement bouché,
Vient le temps 3, l’horizon est toujours brumeux mais il s’éclaircit. Un premier port d’attache est à portée de vue. L’objectif est fixé, la date est donnée : le lundi 11 mai. Comme tout objectif il est incertain, sinon ce serait un mauvais objectif 😉
Nous vivons là toute la force possible d’un objectif. L’objectif donne l’espoir. L’objectif donne un cap. L’objectif (re)donne l’envie. L’objectif mobilise. Et, conjointement, en même temps(!), l’objectif évite de laisser son regard se perdre dans les sables mouvants.
Un bon objectif a la vertu quasi-magique de changer ce que nous regardons, et ainsi de transformer notre regard et notre ressenti d’une situation. Cette vertu a une puissance incroyable, nombreux l’ont vécu. Pour ma part j’ai eu la « chance » de connaître la dépression jeune, à 26 ans, et de commencer à me fixer, au fil de l’eau, de nouveaux objectifs. Ce fut dans la souffrance et la joie, rythmé par un parcours professionnel qui m’a conduit à « diriger » des business unit ou des filiales allant de 100 à 700 personnes. Progressivement je me suis efforcé de diriger aussi ma vie, je continue à m’y exercer, en faisant de mon mieux. Tous, nous avons ce pouvoir.
« L’objectif donne l’espoir. L’objectif (re)donne l’envie. L’objectif mobilise. »
Alors, certes, ce temps 3 n’est ni un temps rêvé ni un temps stabilisé. Après 4 semaines d’un confinement inédit et avant 4 semaines d’ici le 11 mai, il s’en passe des choses en vous et autour de vous. Il y a de nouvelles annonces, positives, de soutien aux entreprises qui sont autant de questions à traiter : votre entreprise est-elle éligible ? Quelles sont vraiment les infos précises et certaines, …? Il s’agit de discuter avec les banques, la BPI, de négocier parfois difficilement avec d’autres partenaires, d’être au contact avec les IRP, de suivre le cash- flow comme du lait sur le feu avec les paies qui tombent. Les DRH et DAF sont en première ligne, sans compter tout l’opérationnel qui évolue chaque jour sur des questions d’appro et de supply chain, les plans de réduction de la voilure et les décisions déjà effectives.
Mais chacun sait aussi ce qu’il a réussi depuis 4 semaines, dans des conditions extrêmes qu’il n’avait jamais connues. Vous et vos équipes vous en avez accumulé en un temps record des « premières fois » ! Qui aurait parié dans votre entreprise sur la bascule en télétravail en 24 heures ? Sur la réunion du Comex sur Zoom tous les jours à 9h ? Sur la conversion de l’outil de production à la fabrication de masques ? Ou encore sur votre décision d’abonder le dispositif de chômage partiel pour maintenir 100% du salaire des collaborateurs touchés ?
« C’est aussi cela le grand enseignement du Covid-19 »
OUI, vous et vos équipes, vous avez été capables de réalisations dont vous auriez dit quelques heures plus tôt qu’elles étaient impossibles. Impossibles ? Dans les têtes peut-être, mais dans la réalité vous avez su les rendre possible. C’est aussi cela le grand enseignement du Covid-19. Retournez-vous sur ces quatre semaines, et listez tous ces sujets, toutes ces réalisations, petites et grandes. @Enaxion nous connaissons la puissance de ce type de démarche : prendre conscience, faire émerger, tirer les enseignements, et être fier des réalisations pour ancrer au plus profond de chacun et du groupe ce dont il est capable, cette puissance positive insoupçonnée.
Vous allez ainsi développer une croyance fondamentale, celle qui fera toute la différence : « mon potentiel, celui de notre équipe, et de toute notre entreprise, est beaucoup plus grand que ce que nous pensons et même pouvons imaginer ». Par cette conduite, vous changerez votre destin et celui de votre entreprise.
Le temps 3 c’est aussi celui d’une refondation stratégique : ce que vous mettez en stand-by, là où vous concentrez les énergies et les ressources, ce que vous décidez d’arrêter ou de céder, mais aussi les acquisitions ou les alliances inenvisageables début mars qui sont à mettre à l’agenda, … L’enjeu est d’ouvrir et de s’ouvrir à de nouveaux champs possibles, à des opportunités à saisir, à « aller chercher ». Avec ce séisme planétaire et intime , les changements sont innombrables : naissants, déjà visibles ou encore à l’état de signaux faibles.
Alors OUI le champ des possibles n’est plus le même. Il est à explorer : portefeuille d’activités, business models, offres, modes de fonctionnement au sein de votre Codir, avec toutes vos équipes, avec votre écosystème. En y travaillant vous allez retrouver un élan de vie qui va au-delà du premier port d’attache visible à ce jour. Tout cela est à semer, le plus tôt possible, puis à faire germer, à cultiver, …
Et j’ai envie de partager une certitude (par expérience* et par conviction) : au final la récolte sera bonne à de multiples égards, parfois inattendue, souvent complexe, et d’autant plus savoureuse. Et il ne s’agit certainement pas de créer des usines à gaz ou des démarches théoriques qui ne conduiraient qu’à perdre du temps et de l’énergie. Soyons agiles.
« Tout cela est à semer, le plus tôt possible, puis à faire germer, à cultiver. Et j’ai envie de partager une certitude… la récolte sera bonne »
A titre personnel et en tant qu’associé d’Enaxion, voilà ma raison d’être, ce qui m’anime au quotidien auprès des dirigeants que nous accompagnons. Je suis convaincu que depuis la création d’Enaxion en 2006, chaque associé en parlerait à sa manière avec des valeurs communes. Plus que tout c’est ce que nous aimons. Etre aux côtés des dirigeants, contribuer à une croissance par les hommes, à un impact positif. « Savoir créer la bonne alchimie entre le stratégique, l’humain et l’exécution ; une alchimie qui change la donne », comme l’a témoigné le CEO d’une belle ETI française sous LBO. Ou comme l’a dit à sa manière la Présidente d’un acteur majeur de l’énergie : « Vous élevez le niveau de jeu ».
Nous avons les pieds sur terre et sommes orientés résultat, nous savons que dans ce temps 3 il y a aussi la préparation du retour au travail, d’une certaine reprise. Vous avez réalisé de multiples actions dans l’urgence pour gérer le départ du lieu de travail. Bien d’autres sont à préparer pour le retour. Et nombre d’entre vous n’ont pas attendu. De la même manière qu’un outil industriel à l’arrêt durant plusieurs semaines ne redémarre pas en appuyant sur un bouton, cette reprise progressive, partielle et inédite dans l’Histoire ne se fera pas du jour au lendemain. Elle nécessite tout à la fois un plan de reprise et de l’agilité.
Parce que nous aimons et admirons les dirigeants et leurs équipes qui ont à cœur d’ouvrir le champ des possibles et de se saisir pleinement de leur destin, nous sommes à vos côtés, à notre place.
Amitiés,
Pierre-Yves Simon

* En 2009, les Antilles et la Guyane vivent au rythme d’une crise insurrectionnelle qui a démarré en Guadeloupe avec le mouvement LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon) : pendant 45 jours toutes les entreprises sont à l’arrêt, tous les établissements scolaires et universitaires sont fermés, des habitants quittent la Guadeloupe par peur ou sentiment de rejet, un homme trouve la mort, … S’en suit une période de récession économique brutale, la crainte lancinante de la reprise de violences ou de manifestations. Durant cette période, je dirige le seul quotidien d’information de la Guadeloupe, « France Antilles », ainsi que les autres activités médias du groupe Hersant, dont l’offre digitale lancée tout juste avant la crise.
En 2004 à Paris, le premier marché de presse magazine de France (près de 20 millions d’exemplaires diffusés chaque semaine !) subit un séisme jamais connu dans la presse, une perte de valeur de plus de 30 % pour tous les acteurs existants en moins de 3 mois avec une rupture réglementaire et concurrentielle majeure, du même type que le lancement de Free en 2012 sur le marché télécom. En tant qu’Editeur des deux marques que le groupe Emap a sur ce marché, qui pèsent pour 50 % de la marge en France, je suis à la manœuvre au quotidien avec les équipes, avec les patrons du Groupe, et avec des conseils externes.

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